Qui peut être mis sur écoute téléphonique ? Dans quelle situation ? Pour quelle durée ? Nous vous indiquons les principales règles à connaître sur les écoutes téléphoniques judiciaires et administratives.
Judiciaires
Écoute judicaire : dans quels cas et pour quelle durée ?
Lors d'une information judiciaire, le juge d'instruction peut ordonner une écoute téléphonique en matière de délit et de crime si la peine encourue est de 3 ans de prison ou plus et que l'affaire l'exige. La décision est prise pour une durée au maximum de 4 mois renouvelable, sans pouvoir dépasser 1 an ou 2 ans selon l'infraction.
Le juge d'instruction peut aussi ordonner une écoute dans le cadre d’une information ouverte pour rechercher les causes de la mort ou de la disparition inquiétante d'une personne. La décision est prise pour une durée de 2 mois renouvelable.
Dans les 2 cas, la décision du juge est écrite et motivée.
A savoir
Si vous êtes victime d'un délit commis sur votre ligne téléphonique, vous pouvez demander au juge à ce qu'elle soit mise sur écoute.
Écoute judicaire : quelle est la procédure ?
Le juge d'instruction, ou l'officier de police judiciaire (OPJ) qu'il désigne, contrôle la mise en œuvre de l'écoute téléphonique.
Le juge, l'OPJ ou l'agent de police judiciaire (APJ) rédige un procès-verbal pour chaque enregistrement.
Le procès-verbal indique la date et les heures de début et de fin de l'enregistrement.
Les enregistrements sont placés sous scellés fermés.
Le juge, l'OPJ ou l'APJ transcrivent Ies enregistrements et rédigent un procès-verbal.
Un interprète transcrit en français les enregistrements en langue étrangère.
A savoir
Le juge d'instruction doit informer le bâtonnier s'il décide de mettre sur écoute un avocat.
Écoute judicaire : dans quel délai les enregistrements sont-ils détruits ?
Les enregistrements sont détruits à la fin du délai pendant lequel l'infraction peut être poursuivie :
- 6 ans pour un délit,
- 20 ans pour un crime.
Écoute judicaire : pouvez-vous faire un recours contre la décision du juge ?
Non, vous ne pouvez pas vous opposer à la décision du juge de procéder à une écoute judiciaire.
Par la suite, vous pouvez contester la validité de la décision d'écoute, selon les cas, devant le tribunal correctionnel ou la cour d'appel.
Administratives
Écoute administrative : pour quels motifs ?
L'administration peut écouter vos conversations téléphoniques pour l'un des motifs suivants :
- Défense de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et défense nationale
- Défense des intérêts majeurs de la politique étrangère, de l'exécution des engagements européens et internationaux de la France, prévention de toute ingérence étrangère
- Défense des intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France
- Prévention du terrorisme
- Prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions
- Prévention de la reconstitution ou du maintien des groupes de combat et milices privées dissous
- Prévention des violences collectives portant gravement atteinte à la paix publique
- Prévention de la criminalité et de la délinquance organisée
- Prévention de la prolifération des armes de destruction massive
A savoir
L'administration pénitentiaire peut être autorisée à écouter les conversations téléphoniques d'un détenu pour empêcher une évasion et assurer la sécurité en prison.
Écoute administrative : qui l'autorise et pour quelle durée ?
Le ministre en charge de la défense, de l'intérieur, de la justice, de l'économie, du budget ou des douanes doit adresser une proposition de mise sur écoute téléphonique au Premier ministre.
La proposition doit être écrite et justifiée.
Le Premier ministre autorise la mise sur écoute téléphonique après avis de la CNCTR.
L'autorisation est valable au maximum 4 mois.
L'autorisation est renouvelable selon la même procédure.
Écoute administrative : dans quel délai les enregistrements sont-ils détruits ?
L'enregistrement d'une conversation téléphonique est détruit au plus tard 30 jours à partir du recueil des renseignements, sauf exceptions.
Seuls les renseignements concernant la sécurité nationale sont transcrits.
La transcription doit être détruite dès que sa conservation n'est plus indispensable.
Écoute administrative : pouvez-vous savoir si vous êtes sur écoute illégalement ?
Vous pouvez demander à la CNCTR de vérifier si vous êtes, ou avez été, mis sur écoute de manière illégale.
Toutefois, la CNCTR ne peut pas vous indiquer si vous êtes, ou avez été, mis sur écoute.
Vous devez envoyer votre réclamation par courrier.
La CNCTR vous informe par courrier lorsque les vérifications ont été faites.
Après avoir fait une réclamation auprès de la CNCTR, vous pouvez demander au Conseil d’État de vérifier si vous êtes ou avez été mis sur écoute de manière illégale.
Vous avez un délai de 2 mois pour saisir le Conseil d'État à partir de la réception du courrier de la CNCTR.
Référence : Écoutes judiciaires pour recherche des causes de la mort ou des causes d'une disparitionCode de procédure pénale : articles 79 à 84-1
Référence : Écoutes judiciairesCode de procédure pénale : articles 100 à 100-8
Référence : Écoutes judiciaires en matière de délinquance organiséeCode de procédure pénale : articles 706-73 à 706-74
Référence : Écoutes judiciaires en matière de criminalité organiséeCode de procédure pénale : articles 706-95 à 706-95-3
Référence : Écoutes administratives : situations concernées (article L811-3)Code de la sécurité intérieure : articles L811-1 à L811-4
Référence : Écoutes administratives : autorisation et mise en œuvreCode de la sécurité intérieure : articles L821-1 à L822-8
Référence : Écoutes administratives : Durée de conservation et transcriptions (articles L822-2 et L822-3)Code de la sécurité intérieure : articles L822-1 à L822-4
Référence : Écoutes administratives : composition et fonctionnement de la CNCTRCode de la sécurité intérieure : articles L831-1 à L831-2
Référence : Écoutes administratives : réclamation auprès de la CNCTR (article L833-4)Code de la sécurité intérieure : articles L833-1 à L833-11
Référence : Interceptions de sécuritéCode de la sécurité intérieure : articles L852-1 à L852-2
Référence : Écoutes administratives : saisine du Conseil d'ÉtatCode de justice administrative : articles L773-1 à L773-8
Définition : Information judiciaire
Enquête judiciaire menée dans une affaire pénale et dirigée par un juge d'instruction
Définition : Délit
Acte interdit par la loi et puni d'une amende et/ou d'une peine d'emprisonnement inférieure à 10 ans
Définition : Crime
Infraction la plus grave punissable par une peine de prison (viol, violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, meurtre, assassinat par exemple)
Définition : Infraction
Acte interdit par la loi et passible de sanctions pénales
Définition : Enquête de flagrance
Enquête ouverte par l'officier de police judiciaire qui constate qu'une infraction a été commise ou est en train de se commettre.
Définition : Enquête préliminaire
Enquête mise en œuvre par la police judiciaire, à son initiative ou à la demande du procureur de la République, avant l'ouverture d'une éventuelle instruction.
Définition : Procureur de la République
Magistrat à la tête du parquet (ou ministère public). Il est destinataire des plaintes et signalements. Il dirige les enquêtes, décide des poursuites et veille à l'application de la loi.
Définition : Officier de police judiciaire (OPJ)
Fonctionnaire de police ou militaire de la gendarmerie habilité à mettre en œuvre des moyens d’enquête (placement en garde à vue) sous la direction du procureur de la République, la surveillance du procureur général et le contrôle de la chambre de l’instruction
Définition : Agent de police judiciaire (APJ)
Fonctionnaire de police ou militaire de la gendarmerie placé sous la responsabilité d'un officier de police judiciaire. Il est notamment chargé de constater les infractions et de recevoir des déclarations par procès-verbal.
Définition : Scellés judiciaires
Dispositifs permettant à un juge de s'assurer qu'un objet ou un document est bien celui qui a été saisi par un officier de police judiciaire ou un juge d'instruction
Définition : Bâtonnier
Avocat élu par ses confrères dans chaque barreau pour les représenter et garantir la déontologie et la discipline de la profession. Il désigne les avocats commis d'office, règle les différends entre eux ou avec leurs clients.