Information judiciaire (instruction préparatoire)

L'information judiciaire est une phase d'enquête dans la procédure pénale. Elle est confiée à un juge d'instruction. Nous vous expliquons le fonctionnement de l’information judiciaire.

Qu'est-ce qu'une information judiciaire ?

L'information judiciaire est une étape de la procédure pénale.

Elle est obligatoire lorsqu’un crime a été commis. Elle est facultative en matière de délit et de contravention.

L'information judiciaire est menée par un juge spécialisé, appelé juge d’instruction.

Son rôle est de mener une enquête permettant de rassembler des preuves, rechercher les auteurs d'infractions et établir la vérité dans une affaire pénale.

Le juge instruit à charge et à décharge, c'est-à-dire qu'il doit à la fois chercher des preuves de l'innocence et de la culpabilité de la personne mise en cause.

Pour accomplir sa mission, le juge d'instruction dispose de pouvoirs d'enquête importants.

À la fin de l'information judiciaire, s'il existe des indices graves et concordants contre la personne mise en examen, le juge d'instruction peut demander un procès.

Comment l'information judiciaire est-elle ouverte ?

Le juge d'instruction peut être saisi par le procureur de la République ou par une plainte avec constitution de partie civile de la victime.

Le juge d'instruction territorialement compétent est celui :

  • du lieu de commission de l'infraction
  • ou du lieu de résidence d'une des personnes soupçonnées d'avoir participé à l'infraction
  • ou du lieu d'arrestation de la personne soupçonnée
  • ou du lieu de détention de la personne soupçonnée.

Le procureur saisit le juge d'instruction à la suite ou à la suite d'une d'une victime.

Le procureur de la République saisit le juge d'instruction par un document écrit nommé . Ce document indique les infractions sur lesquelles le juge doit enquêter et désigne les éventuels suspects.

Le juge d'instruction peut être saisi par la victime d'une infraction uniquement dans les  :

  • La victime a préalablement déposé une plainte pour cette infraction et la plainte a ensuite été classée sans suite. Dans ce cas, la victime doit être en possession du document du procureur de la République intitulé avis de classement sans suite.
  • La plainte a été transmise au procureur de la République depuis plus de 3 mois et aucun retour n'a eu lieu. Dans ce cas, la victime doit prouver avec une lettre en RAR ou un récépissé qu'elle a adressé sa plainte depuis plus de 3 mois au procureur de la République.

Le dépôt de se fait par ou par une devant le juge d'instruction.

Où s'adresser : Tribunal judiciaire

À la réception de la plainte, le juge d'instruction fixe une . Son montant est déterminé en fonction des ressources et charges de la partie civile.

Si cette consignation n'est pas versée, la plainte est .

Le juge d'instruction transmet le dossier pour qu'il donne son avis sur la nécessité d'ouvrir une information judiciaire.

Avant de se prononcer, le procureur de la République peut demander un délai de ou .

Le procureur de la République peut prendre plusieurs types de  :

  • Si l'infraction commise nécessite une enquête, il prend des réquisitions d'informer. Le juge d'instruction ouvre alors une information judiciaire.
  • Si les faits commis ne permettent pas d'être sanctionné pénalement, il prend des réquisitions de non-informer.
  • Si l'enquête déjà effectuée permet d'établir qu'aucune infraction pénale a été commise, il prend des réquisitions de non-lieu.
  • Si une personne peut faire l'objet d'une poursuite pénale mais que le procureur de la République ne souhaite pas l'engager, il prend alors des réquisitions de refus-informer. Dans ce cas, le procureur de la République invite la partie civile à saisir le tribunal par citation directe.

Le juge d’instruction peut décider d'ouvrir une information judiciaire même si le procureur de la République demande l'inverse.

Quelles sont les parties dans une information judiciaire ?

Les parties dans l’information judiciaires sont le mis en examen, le témoin assisté et la partie civile.

Le mis en examen est un statut donné par le juge d'instruction à une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction et contre laquelle il existe des indices graves ou concordants. Tant qu'un suspect n'a pas été mis en examen, il reste un mis en cause.

Le témoin assisté est un suspect envers lequel il existe des indices pouvant faire croire à sa culpabilité.

La partie civile est la personne qui s’estime victime d’une infraction pénale et qui souhaite obtenir une indemnisation de son préjudice.

A savoir

Le témoin et le mis en cause ne sont pas des parties à l'information judiciaire. Cependant, ils peuvent être auditionnés à l'initiative du juge d'instruction.

Quels sont les pouvoirs du juge d'instruction dans une information judiciaire ?

Ordonner des actes d'enquête

Le juge d'instruction est le .

Pour rechercher des preuves, il peut :

  • Saisir les services de police ou de gendarmerie parcommission rogatoire
  • Entendre les personnes mises en cause, les victimes et les témoins
  • Organiser des confrontations entre les personnes mises en cause, les victimes et les témoins
  • Effectuer des perquisitions et procéder à des saisies (documents, ordinateurs, téléphones portables...)
  • Demander des expertises (analyses ADN, analyses psychiatriques, informatiques ...)
  • Demander la mise en place d'écoutes téléphoniques et/ou organiser des opérations de surveillance
  • Se transporter sur les lieux, organiser une reconstitution des faits.

Mettre en examen

Le juge d'instruction peut une personne soupçonnée d'avoir commis une infraction, s'il y a des à son égard.

Le procureur de la République peut, à tout moment de l'instruction, saisir le juge pour des . Dans ce cas, le juge d'instruction convoque la personne déjà mise en examen pour lui notifier ces faits supplémentaires et éventuellement le mettre en examen. C'est ce qu'on appelle .

Le juge doit placer la personne soupçonnée sous le statut de lorsque les conditions pour sa mise en examen ne sont pas remplies.

Délivrer des mandats

Le juge d'instruction peut délivrer  :

  • Le mandat de recherche autorise l'arrestation d'une personne mise en cause par la police ou la gendarmerie pour que cette personne soit placée en garde à vue.
  • Le mandat de comparution est un acte notifié officiellement à une personne pour l'obliger à se présenter devant le juge d'instruction.
  • Le mandat d'amener est l'ordre donné aux services de police ou de gendarmerie de conduire devant le juge d'instruction une personne à l'égard de laquelle il y a des indices graves ou concordants. Ce mandat peut aussi servir pour faire conduire devant le juge une personne qui n'a pas respecté une précédente convocation.
  • Le mandat d'arrêt est l'ordre donné aux services de police ou de gendarmerie de rechercher une personne, de l'arrêter et de la conduire en prison.

Ordonner un contrôle judiciaire ou une ARSE

Le juge d'instruction peut placer la personne mise en examen sous .

La personne placée sous contrôle judiciaire doit se soumettre à (par exemple : ne pas se rendre dans certains lieux, ne pas rencontrer certaines personnes).

Si le juge d'instruction estime que le contrôle judiciaire est insuffisant, il peut mettre en place une mesure .

Demander une détention provisoire au juge des libertés et de la détention

A titre exceptionnel, si le juge considère que le contrôle judiciaire et l'assignation à résidence sont insuffisants, il peut demander que la personne mise en examen soit placée en détention provisoire.

Dans ce cas, c'est le , saisi par le juge d'instruction, qui se prononce sur le placement en .

Si le JLD ne place pas la personne mise en examen en détention provisoire, il peut prononcer un contrôle judiciaire ou une ARSE.

Quels sont les droits des parties dans l'information judiciaire ?

La personne mise en examen, le témoin assisté et la partie civile ont des droits dans l'information judiciaire.

A savoir

Le procureur de la République, qui représente les intérêts de la société, doit suivre le déroulement de l’information judiciaire. Son avis est obligatoirement sollicité avant la plupart des décisions prises par le juge d'instruction (par exemple sur la demande de mise en liberté d'un détenu).

La a le droit d'être .

Elle a .

Elle peut demander, dès la réception de sa convocation en vue de sa comparution ou de son audition une du dossier. Elle peut également demander la copie après sa première comparution ou sa première audition. La délivrance doit intervenir dans le délai à compter de la demande.

Après chaque interrogatoire, confrontation ou reconstitution, l'avocat de la personne mise en examen reçoit une par tout moyen.

La personne mise en examen peut demander au juge d'instruction d'accomplir certains (audition, confrontation, transport sur les lieux, expertise...).

Elle peut demander l'annulation de certains actes par  à la chambre de l'instruction de la cour d'appel.

Où s'adresser : Cour d'appel

La personne mise en examen peut faire appel des ordonnances rendues par le juge d'instruction (ordonnance refusant un acte, ordonnance de règlement ...). Le mis en examen doit faire appel sur place au tribunal auprès du greffier du juge d'instruction ou bien depuis le greffe pénitentiaire s'il est détenu. Il peut aussi charger son avocat de faire appel.

La chambre de l'instruction de la Cour d'appel l'appel. Elle peut confirmer ou annuler la décision du juge d'instruction.

Le a le droit d'être.

Il a .

Il peut demander au juge d'instruction d'accomplir des (audition et confrontation notamment).

Le témoin assisté peut demander (un procès-verbal d'interrogatoire, une écoute téléphonique, une garde à vue...). Cette demande se fait par  adressée à la chambre de l'instruction de la Cour d'appel.

Il peut faire appel de l'ordonnance refusant un acte (une expertise par exemple).

Le témoin assisté doit effectué la déclaration d'appel en se rendant au tribunal auprès du greffier du juge d'instruction.

La chambre de l'instruction de la Cour d'appel l'appel. Elle peut confirmer ou annuler la décision du juge d'instruction.

Où s'adresser : Cour d'appel

La victime peut se constituer partie civile .

En se constituant partie civile, la victime devient dans la procédure, ce qui lui ouvre un certain nombre de droits (demande d'actes, copie de la procédure...).

La . Elle peut demander copie du dossier sans attendre d'être convoquée par le juge et. Le juge peut s'opposer à cette demande par ordonnance . La délivrance doit intervenir dans le délai à compter de la demande.

Elle peut demander au juge d'instruction d'accomplir des (audition, confrontation, transport sur les lieux, production de pièces,...).

Elle peut demander (un procès verbal d'interrogatoire, une écoute téléphonique, une garde à vue...). Cette demande se fait par adressée à la chambre de l'instruction de la Cour d'appel :

Où s'adresser : Cour d'appel

La partie civile peut des ordonnances prises par le juge d'instruction. L'appel se fait par une . Elle est signée par le greffier et par la partie civile ou son avocat.

La chambre de l'instruction de la Cour d'appel l'appel. Elle peut confirmer ou annuler la décision du juge d'instruction.

Quelle est la durée d'une information judiciaire ?

C'est le juge d'instruction qui décide du moment où l'information judiciaire est terminée.

La loi fixe un délai prévisible d'achèvement indicatif :

  • 1 an pour une instruction délictuelle
  • 18 mois pour une instruction criminelle.

Lors d'un interrogatoire de première comparution ou lors de la première audition de partie civile, le juge peut indiquer le délai fixé par la loi ou bien un délai plus court que celui fixé par la loi.

Une fois le délai indiqué écoulé, le mis en examen et la partie civile peuvent demander au juge d'instruction de clôturer l'information judiciaire. Le juge d'instruction peut accepter ou indiquer que l'information judiciaire doit continuer. Il doit répondre dans le délai d'1 mois à compter de la réception de la demande,

Dans tous les cas, la durée de l'instruction ne peut pas dépasser un délai raisonnable. Le caractère raisonnable de la durée est à examiner au cas par cas en prenant en compte la gravité des faits, la complexité des investigations et de l'exercice des droits de la défense.

A savoir

Le président de la chambre de l’instruction de la cour d’appel exerce un contrôle sur le déroulement de l’information judiciaire. Il s’assure notamment que le juge d’instruction saisi instruit le dossier dans un délai raisonnable.

Comment prend fin l'information judiciaire ?

Quand il estime que son instruction est complète et régulière, le juge d'instruction rend une décision appelée ordonnance de règlement.

Le juge d'instruction doit examiner s'il existe contre la personne mise en examen des charges constitutives d'une infraction.

L'ordonnance de règlement est notifiée aux parties. Elles ont le droit de faire un recours.

Ordonnance de règlement

L'ordonnance de règlement l'information judiciaire et le juge d'instruction.

Selon les résultats de l'enquête et les éléments de preuve recueillis, le juge d'instruction rend une (absence de poursuite) ou une .

Le juge d'instruction rend une dans l'un des cas suivants :

  • Les faits ne constituent pas une infraction
  • Aucun auteur n'est identifié
  • Il n'y a pas de charges suffisantes, c'est-à-dire d'indices suffisants, à l'égard de la personne mise en examen
  • Le mis en examen a agi en état de légitime défense. L'ordonnance de non-lieu doit préciser les charges établissant les faits commis par le mis en examen et leurs implications pour la victime. La victime peut demander réparation dans le cadre d'une procédure civile.
  • Le mis en examen décède. L'ordonnance de non-lieu doit préciser les preuves établissant les faits commis par le mis en examen et leurs implications.

Si l'information établit qu'une infraction a été commise, le juge d'instruction rend pour juger l'infraction.

  • S'il s'agit d'une contravention, l'affaire est renvoyée devant le tribunal de police.
  • S'il s'agit d'un délit, l'affaire est renvoyée devant le tribunal correctionnel.
  • S'il s'agit d'un crime, l'affaire est renvoyée devant la cour d'assises ou la cour criminelle.
  • S'il s'agit d'un crime commis par un mineur de plus de 16 ans, l'affaire est renvoyée devant la cour d'assises des mineurs.

Notification de l'ordonnance

L'ordonnance est  aux parties, (avec signature) ou par

Recours contre l'ordonnance

La personne mise en examen et la partie civile ou leurs avocats peuvent des ordonnances de règlement.

Le délai d'appel est de .

La déclaration d'appel est faite (ou au greffe de l'établissement pénitentiaire si le mis en examen est détenu).

Où s'adresser : Tribunal judiciaire

C'est la chambre de l'instruction de la cour d'appel qui examine l'appel.

Référence : Compétence territoriale du juge d'instruction

Code de procédure pénale : article 52

Référence : Pouvoirs du juge d'instruction, ouverture de l'information, droits des parties, demandes d'actes

Code de procédure pénale : articles 79 à 84-1

Référence : Dépôt d'une plainte avec constitution de partie civile

Code de procédure pénale : articles 85 à 91-1

Référence : Mandats délivrés par le juge d'instruction

Code de procédure pénale : articles 122 à 136

Référence : Interrogatoire, mise en examen, accès au dossier

Code de procédure pénale : articles 114 à 121

Référence : Demandes de nullité d'actes ou de pièces

Code de procédure pénale : articles 170 à 174-1

Référence : Ordonnances de règlement (non lieu, renvoi devant le tribunal et la cour d'assises)

Code de procédure pénale : articles 175 à 184

Référence : Appel des ordonnances du juge d'instruction

Code de procédure pénale : articles 185 à 187-3

Référence : De la reprise de l'information sur charges nouvelles

Code de procédure pénale : articles 188 à 190

Définition : Crime

Infraction la plus grave punissable par une peine de prison (viol, violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, meurtre, assassinat par exemple)

Définition : Délit

Acte interdit par la loi et puni d'une amende et/ou d'une peine d'emprisonnement inférieure à 10 ans

Définition : Contravention

Infraction classée en 5 catégories, allant de la moins grave (contravention de 1re classe), à la plus grave (contravention de 5e classe). La contravention est punie d'une amende n'excédant pas 1 500 €, ou 3 000 € en cas de récidive.

Définition : Actes d'enquête

Ensemble des techniques utilisées pour recueillir des éléments de preuve dans le cadre d'une enquête judiciaire

Définition : Procureur de la République

Magistrat à la tête du parquet (ou ministère public). Il est destinataire des plaintes et signalements. Il dirige les enquêtes, décide des poursuites et veille à l'application de la loi.

Définition : Classement sans suite

Décision prise par le procureur de la République de ne pas donner de suite à une affaire pénale

Définition : Consignation

Somme équivalente au montant d'une amende, qu'on doit payer au Trésor public avant de pouvoir contester sa culpabilité pour certaines infractions

Définition : Irrecevable

Demande qui ne peut pas être étudiée

Définition : Partie civile

Personne qui demande au juge chargé de la répression d'une infraction la réparation du préjudice que cette infraction lui a causée

Définition : Réquisitions

Désigne la manière dont, oralement ou par écrit, le Procureur de la République manifeste sa position dans une procédure pénale ou un procès pénal

Définition : Non-lieu

Décision d'un juge d'instruction ou de la chambre de l'instruction mettant fin à des poursuites pénales

Définition : Infraction

Acte interdit par la loi et passible de sanctions pénales

Définition : Commission rogatoire

Acte par lequel un juge charge un autre juge ou un officier de police judiciaire d'exécuter à sa place un acte d'instruction. Par exemple, procéder à une audition, effectuer une perquisition, des écoutes téléphoniques, etc.

Définition : Mandat de comparution

Décision écrite du juge d'instruction qui ordonne à une personne mise en examen de se présenter devant lui

Définition : Notification

Formalité par laquelle un acte de procédure ou une décision est porté à la connaissance d’une personne

Définition : Mandat d'amener

Décision du juge d'instruction qui ordonne aux forces de l'ordre d'emmener devant lui une personne mise en examen

Définition : Mandat d'arrêt

Décision du juge d'instruction qui ordonne aux forces de l'ordre de rechercher une personne mise en examen, de l'arrêter et de la conduire dans une maison d'arrêt

Définition : Contrôle judiciaire

Ensemble d'obligations imposées à une personne mise en cause dans une procédure pénale, dans l'attente de sa comparution devant une juridiction

Définition : Requête

Écrit formalisé permettant de saisir un tribunal

Définition : Décision motivée (justice)

Obligation pour le juge d'expliquer les raisons pour lesquelles il a pris cette décision

Définition : Appel

Voie de recours par laquelle une partie à un procès demande un nouveau jugement de l'affaire par une juridiction supérieure

Définition : Prescription

Expiration d'un droit après un certain délai.