Copropriété en difficulté : état de carence
L'état de carence est une procédure judiciaire applicable aux copropriétés lorsque le syndicat des copropriétaires ne peut assurer la conservation de l'immeuble ou la sécurité et la santé des occupants, en raison de graves difficultés financières ou de gestion. Cette procédure, réservée aux situations les plus graves, aboutit à un jugement du tribunal judiciaire pouvant déclencher une expropriation.
Pièces à fournir
- Rapport d'expertise désignée par le juge
- Comptes du syndicat des copropriétaires (budget prévisionnel, charges)
- Documents attestant les graves difficultés financières ou de gestion
- État descriptif des parties communes et de leur état
- Évaluation du coût des travaux de sécurité et de santé
Délais
Le rapport d'expertise doit être remis au juge dans un délai maximal de 3 mois, renouvelable une fois. Le syndicat des copropriétaires ou le syndic dispose de 2 mois à compter de la notification du jugement pour contester l'état de carence.
Points de vigilance
- Absence de communication des comptes du syndicat aux experts dans les 2 mois suivant leur demande (les graves difficultés financières sont alors présumées établies)
- Demande présentée par une personne sans qualité à agir (non-qualifiée légalement)
- Non-respect des règles de forme ou de procédure dans la saisine du juge
- Absence de constatation objective de l'incapacité du syndicat à assurer conservation, sécurité ou santé des occupants
- Insuffisance de preuves des graves difficultés financières ou de gestion combinées avec l'importance des travaux
Questions fréquentes
Qui peut demander le prononcé d'un état de carence ?
Le maire de la commune, le président de l'EPCI compétent en habitat, le préfet (avec accord du maire ou du président de l'EPCI), le syndic, l'administrateur provisoire désigné ou des copropriétaires représentant au moins 15 % des voix du syndicat.
Quelle est la différence entre l'état de carence et les autres mesures de difficultés ?
L'état de carence est réservé aux situations irrémédiables lorsque les mesures préventives (mandataire ad hoc, administration provisoire, plan de sauvegarde) s'avèrent insuffisantes.
Qu'est-ce que l'expertise effectuée dans le cadre de la procédure ?
Un ou plusieurs experts désignés par le juge évaluent le déséquilibre financier du syndicat, répartissent les dettes entre copropriétaires, décrivent l'état des parties communes et déterminent la nature et le coût des travaux nécessaires pour la sécurité et la santé.
Quelles sont les conséquences du prononcé de l'état de carence ?
Le jugement permet de mettre en œuvre une procédure d'expropriation des parties communes, de réhabilitation de l'immeuble ou de démolition totale ou partielle.
Comment est notifiée la décision d'état de carence ?
Le jugement est notifié au syndicat, aux copropriétaires, à l'administrateur provisoire éventuel, au maire et au président de l'EPCI. En cas d'adresse inconnue, la notification s'effectue par affichage à la mairie et sur la façade de l'immeuble.
Textes de référence
- Code de la construction et de l'habitation : articles L615-1 à L615-10
Dans quel cas l'état de carence d’une copropriété en difficulté peut-il être prononcé ?
A savoir
L’ampleur des difficultés financières (endettement, impayés, trésorerie défaillante…) ou de gestion (mésentente, refus réitérés de voter les travaux, dysfonctionnements graves du syndic ou du syndicat)Et l’importance des travaux nécessaires pour garantir la sécurité et la santé des occupants.
Quelle est la procédure d’état de carence pour une copropriété en difficulté ?
Saisine du président du tribunal judiciaire
En principe, la procédure d’état de carence est engagée à l’initiative du maire de la commune où est situé l’immeuble ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) compétent en matière d'habitat.
Avec leur accord, cette demande peut également être présentée par le préfet, le l’ lorsqu'il a été désigné ou par des copropriétaires représentant au moins des voix du .
Dans tous les cas, la demande doit être présentée devant le président du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble.
Où s'adresser :
Ils saisissent le juge pour qu’il :
Constate la situation de l’immeuble (incapacité d’assurer conservation, sécurité ou santé des occupants) Et tienne compte des graves difficultés financières ou de gestion et de l’importance des travaux à mettre en œuvre.
Désignation d’un expert
Avant de se prononcer sur l’état de carence, le président du tribunal judiciaire désigne un ou plusieurs experts afin de réaliser une étude approfondie de la copropriété.
La mission d’expertise consiste à :
Constater l’importance du déséquilibre financier du syndicat des copropriétaires
Établir la répartition des dettes par copropriétaire Décrire la nature et l’état des parties communes Déterminer la nature et le coût des travaux à mettre en œuvre pour garantir la santé et la sécurité des occupants.
Elle permet ainsi de constater objectivement la situation financière et matérielle de la copropriété.
Établissement du rapport d’expertise
Le ou les experts désignés doivent remettre au juge leur rapport dans un délai maximal de , renouvelable 1 fois.
Ce rapport fait ainsi état de l’ampleur du déséquilibre financier du syndicat des copropriétaires, la répartition des dettes entre les copropriétaires, ainsi que de l’état des parties communes. Il détermine également la nature des travaux à réaliser et en estiment le coût, afin de garantir la santé et la sécurité des occupants.
, l'expert doit aussi signaler les désordres dans les affectant la sécurité et la santé des personnes. L'absence de cette annexe ou son contenu ne peuvent pas être invoqués pour contester la validité de la procédure ou les conclusions de l'expertise.
Attention
Jugement prononçant l’état de carence
Au vu des conclusions de l’expertise et après avoir entendu ou appelé les parties, le président du tribunal judiciaire vérifie la régularité de la et la réalité des éléments factuels (difficultés financières, état de l’immeuble, importance des travaux, risques pour la santé et la sécurité, incapacité de gestion).
Il dispose alors de 3 options :
Déclarer irrecevable la demande (c’est le cas si la demande provient d’une personne qui n’a pas qualité à agir ou si les règles de forme ou de procédure n’ont pas été respectées) Rejeter la demande s’il considère que les conditions de l’état de carence ne sont pas justifiées Constater le bien-fondé de la demande et déclarer l’état de carence du syndicat des copropriétaires. Dans ce cas, le juge peut désigner un administrateur provisoire pour préparer la liquidation des dettes et assurer les interventions urgentes de mise en sécurité.
Le jugement prononçant l’état de carence est :
Notifié au syndicat des copropriétaires, aux copropriétaires,l’administrateur provisoire (s’il en existe un), au maire de la commune et au président de l’EPCIEt transmis au préfet.
Les conclusions de l’expertise sont communiquées avec la décision du juge.
A savoir
Le syndicat des copropriétaires ou le syndic peuvent contester le prononcé de l’état de carence et la nomination éventuelle d’un administrateur provisoire dans un à compter de la notification du jugement.
Quelles sont les conséquences de la déclaration de carence d’une copropriété en difficulté ?
Projet simplifié d’acquisition publique
Lorsque le maire ou le président de l'EPCI ont saisi le juge, ils doivent présenter lors de la 1 assemblée délibérante (conseil municipal ou assemblée de l'EPCI) suivant le jugement un projet simplifié d'acquisition publique qui a des objets suivants :
L’expropriation des parties communes de la copropriété. Cette situation entraine le transfert de propriété des parties communes appartenant ausyndicat des copropriétaires à une personne publique ou un opérateur désigné, dans un objectif d’intérêt général . Celles-ci deviennent des biens d'intérêt collectif. La personne publique où l’opérateur désigné est alors chargé de la gestion, de l’entretien et de la conservation des biens expropriés. Si le déséquilibre financier s'avère trop important, l'expropriation totale de l'immeuble peut être demandée.La réhabilitation aux fins d'habitat (ou d'un autre usage). Il s’agit de travaux importants visant à remettre l’immeuble en état. Il peut s’agir, par exemple, de maintenir l’usage d’habitation en améliorant la salubrité, la sécurité et la performance du bâtiment ou de transformer l’usage de l’immeuble (par exemple en locaux d’activité, équipements publics, etc.), lorsque l’habitat n’est plus adapté. La démolition totale ou partielle de l'immeuble.
Ce projet doit comporter une évaluation sommaire (simplifiée) de son coût et un plan de relogement des occupants concernés. Il précise également la collectivité publique ou l'organisme au profit duquel est demandée l'expropriation.
Observations du public
Le projet d’acquisition publique approuvé est ensuite mis à la disposition du public pour qu’il le consulte.
Le public peut formuler des observations pendant une durée minimale d’, dans les conditions précisées par arrêté du maire ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale.
Cette consultation permet d’informer les habitants et de recueillir leurs remarques avant la mise en oeuvre du projet.
Arrêté du préfet et expropriation
Une fois l’état de carence déclaré, , c'est-à-dire la saisie de l'immeuble, peut être décidée au profit d’un des entités suivantes :
Commune EPCI compétent en matière d'habitat Opérateur chargé d'entretenir et de veiller à la conservation des biens d'intérêt collectif Organisme ayant vocation à assurer la gestion des parties communes expropriées Concessionnaire d'une opération d'aménagement Société de construction dans laquelle l’État détient la majorité du capital.
Une fois la période de consultation du public passée, le préfet va examiner la décision déclarant la carence, le projet simplifié d’acquisition publique, le projet de plan de relogement et les observation du public.
qui :
Déclare l' utilité publique du projet d'acquisition et détermine la liste des immeubles ou partie d'immeubles, des parties communes, des parcelles ou des droits réels immobiliers à exproprier et l'identité des propriétaires de ces droits réelsDéclare cessibles les immeubles ou parties d'immeubles, des parties communes, les parcelles ou les droits réels immobiliers Indique la collectivité publique ou l'organisme au profit duquel est poursuivie l'expropriation Fixe le montant de l'indemnité provisionnelle allouée au propriétaire ou aux copropriétaires et aux titulaires de baux commerciaux et professionnelsFixe la date à laquelle il pourra être pris possession des biens. Cette prise de possession a lieu au minimum 2 mois à partir de la publication de l'arrêté déclarant l'utilité publique du projet.
Cet arrêté est publié au recueil des actes administratifs du département et affiché à la mairie du lieu de situation du bien.
aux propriétaires et aux titulaires de droits réels immobiliers.
Dans le mois qui suit la prise de possession, l'expropriant doit poursuivre la procédure d'expropriation dans les conditions d'une expropriation pour cause d'utilité publique.
est aussi fixée dans les conditions d'une expropriation pour cause d'utilité publique. La valeur des biens est appréciée en tenant compte du montant des travaux nécessaires à la conservation de l'immeuble prévus dans le rapport d'expertise ou ceux prescrits pour les logements ayant notamment fait l'objet d'un .
Référence : Articles L615-6 à L615-10Définition : Copropriété
Définition : Conservation (immeuble)
Définition : Saisine
Définition : Syndicat des copropriétaires
Définition : Parties communes d'une copropriété
Définition : Parties privatives d'une copropriété
Définition : Notification
Définition : Intérêt général (copropriété en difficultés)
Définition : Utilité publique
Définition : Droit réel immobilier
Définition : Copropriétaire
Définition : Expropriant
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