Par la rédaction de Guide Administratif · Mis à jour le 3 août 2026 · Sources officielles vérifiées
Les écoutes téléphoniques sont des techniques permettant de capter et d'enregistrer des échanges à distance, mises en place dans le cadre de procédures judiciaires ou administratives. Elles peuvent être autorisées par un juge dans des enquêtes relatives au terrorisme, à la criminalité organisée, à des délits graves ou à la recherche de personnes en fuite. La personne écoutée peut contester la régularité de la mesure si elle estime qu'elle a été décidée de manière irrégulière.
Délais
Autorisation valable 1 mois renouvelable une fois pour enquête sur infraction terroriste ou criminalité organisée ; 4 mois renouvelable jusqu'à 1 an pour information judiciaire sur crime ou délit ; 2 mois renouvelable pour recherche de personne en fuite.
Points de vigilance
- Absence de motif fondé de soupçonner la commission d'une infraction relevant des catégories autorisées
- Non-respect de la compétence du juge saisi selon la nature de la procédure
- Absence d'indication précise de la ligne téléphonique à intercepter dans la décision d'autorisation
- Dépassement de la durée autorisée ou absence de renouvellement régulier de l'autorisation
- Interception de conversations protégeant l'exercice des droits de la défense d'un avocat
Questions fréquentes
La personne mise sur écoute est-elle informée de cette mesure ?
En principe, la personne placée sur écoute n'en est pas informée. Exception : une victime de délit commis par voie téléphonique qui demande par écrit l'installation d'un dispositif d'écoute sur sa ligne peut en être informée.
Quels sont les critères nécessaires pour autoriser des écoutes téléphoniques judiciaires ?
Le juge compétent doit justifier la nécessité des écoutes, préciser l'infraction pour laquelle elles sont autorisées, identifier la ou les ligne(s) téléphonique(s) à intercepter et fixer la durée de la mesure.
Pendant combien de temps les enregistrements d'écoutes sont-ils conservés ?
Les enregistrements sont conservés jusqu'à la fin du délai de prescription de l'infraction : 6 ans pour un délit, 20 ans pour un crime. Ils sont ensuite détruits.
Y a-t-il des règles particulières pour les avocats ?
La ligne d'un avocat peut être écoutée s'il existe des raisons plausibles de soupçonner qu'il a commis l'infraction. Le bâtonnier doit être informé. Les correspondances protégeant l'exercice des droits de la défense ne peuvent pas être utilisées.
Est-il possible de contester une décision d'écoute téléphonique ?
La décision du juge ne peut pas être contestée en elle-même. Toutefois, si la personne estime que sa mise sur écoute a été décidée de manière irrégulière, elle peut contester la validité de cette décision devant la chambre de l'instruction ou devant la cour d'appel.
Textes de référence
- Code de procédure pénale : articles 79 à 84-1
- Code de procédure pénale : article 74-2
- Code de procédure pénale : articles 100 à 100-8
- Code de procédure pénale : articles 706-95 à 706-95-3
- Code de procédure pénale : articles 706-73 à 706-74
- Code de la sécurité intérieure : articles L811-1 à L811-4
- Code de la sécurité intérieure : articles L821-1 à L822-8
- Code de la sécurité intérieure : articles L822-1 à L822-4
- Code de la sécurité intérieure : articles L831-1 à L831-2
- Code de la sécurité intérieure : articles L833-1 à L833-11
- Code de la sécurité intérieure : articles L852-1 à L852-2
- Code de justice administrative : articles L773-1 à L773-8
Dans quelles situations des conversations téléphoniques peuvent être écoutées ? Les écoutes téléphoniques sont souvent mises en place dans le cadre d’une procédure judiciaire, mais elles peuvent aussi être décidées par l’administration. Ces écoutes permettent de capter et d’enregistrer des échanges à distance. Si elles sont décidées de manière illégale, la personne écoutée peut faire un recours. Nous vous présentons les informations à connaître.
Écoutes judiciaires
Dans quels cadres des écoutes téléphoniques judiciaires peuvent-elles être décidées ?
Les écoutes téléphoniques judiciaires peuvent être mises en place lors d’une enquête sur une infraction relevant du terrorisme, de la criminalité ou de la délinquance organisée, d’une enquête de recherche d’une personne en fuite ou lors d’une information judiciaire.
Les conditions de mise en œuvre de ces écoutes et leur durée diffèrent en fonction du cadre dans lequel elles interviennent :
Dans le cadre d’une enquête ( ou de ) sur une infraction relevant du terrorisme, de la criminalité ou de la délinquance organisée, le peut, sur demande du , autoriser des écoutes téléphoniques.
Dans sa décision, le JLD doit indiquer les informations suivantes :
- Les raisons pour lesquelles il estime que les écoutes sont nécessaires
- L’infraction pour laquelle les écoutes sont autorisées
- La (ou les) ligne téléphonique à intercepter (ligne de la personne mise en cause, ligne d’un proche de la personne suspectée, etc.)
- La durée des écoutes téléphoniques.
L’autorisation du JLD est valable pour , renouvelable pour la même durée.
À l’occasion d’une information judiciaire portant sur un ou un puni d’une peine , le peut autoriser des écoutes téléphoniques.
Cette décision est valable pour une durée de , renouvelable dans la limite d’1 an.
Le juge d’instruction peut aussi ordonner une écoute dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour rechercher les causes de la mort ou de la disparition inquiétante d'une personne. La décision est prise pour une durée de .
Dans sa décision, le juge d’instruction doit indiquer les informations suivantes :
- Les raisons pour lesquelles il estime que les écoutes sont nécessaires
- L’infraction pour laquelle les écoutes sont autorisées
- La (ou les) ligne téléphonique à intercepter (ligne de la personne mise en cause, ligne d’un proche de la personne suspectée, etc.)
- La durée des écoutes téléphoniques.
En principe, la personne placée sur écoute n’en est pas tenue informée. Néanmoins, elle peut l’être s’il s’agit d’une victime qui demande à ce que sa ligne téléphonique soit écoutée.
En effet, la victime d’un et commis depuis une ligne téléphonique (exemple : ) peut demander l’installation d’un dispositif d’écoute sur cette ligne. Cette demande doit être faite par écrit au juge d’instruction en charge de l’affaire.
Lorsqu’une personne est en fuite, le , sur demande du , peut autoriser des écoutes téléphoniques.
Chaque écoute autorisée doit concerner des personnes possiblement en contact avec la personne recherchée.
L’autorisation de mise sur écoute est valable pour une durée de 2 mois, renouvelable.
Quel est le fonctionnement des écoutes téléphoniques judiciaires ?
Le juge compétent (ou un officier de police judiciaire) recourt aux agents qui gère la plateforme plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ). Ces agents sont en lien direct avec les opérateurs de communications électroniques qui installent les dispositifs d’interception des communications.
Les communications sont captées en temps réel et enregistrées. Pour les infractions relevant de la criminalité ou de délinquance organisée, les enregistrements peuvent également concerner la messagerie vocale de la personne mise sur écoute.
Pour chaque enregistrement, l’autorité compétente (magistrat, OPJou APJ) rédige un procès-verbal qui indique la date, les heures de début et de fin de l’écoute.
Le juge, l'OPJ ou l'APJ transcrivent Ies enregistrements nécessaires pour connaître la vérité et les ajoutent au dossier.
A savoir
Si les conversations ont lieu en langue étrangère, un interprète transcrit les enregistrements en français.
Dans quel délai les enregistrements d’écoutes téléphoniques sont-ils détruits ?
Les enregistrements sont détruits à la fin du délai pendant lequel l’infraction peut être poursuivie. Ce délai est de :
- 6 ans pour un délit,
- 20 ans pour un crime.
Est-il possible de contester la mise en place d’écoutes téléphoniques judiciaires ?
En principe, la décision du juge de procéder à des écoutes téléphoniques ne peut pas être contestée.
Toutefois, si la personne concernée estime que sa mise sur écoute a été décidée de façon irrégulière, elle peut contester la validité de cette décision devant la chambre de l’instruction ou devant la juridiction saisie.
Écoutes administratives
Pour quels motifs des écoutes téléphoniques administratives peuvent être ordonnées ?
L'administration peut placer sur écoute une personne (et éventuellement son entourage) notamment dans les cas suivants :
- Défense de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et défense nationale
- Préservation des intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France
- Prévention du terrorisme
- Prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions
- Prévention des violences collectives portant gravement atteinte à la paix publique
- Prévention de la criminalité et de la délinquance organisées
- Prévention de la prolifération des armes de destruction massive.
A savoir
L’administration pénitentiaire peut être autorisée à écouter les conversations téléphoniques d’un détenu pour empêcher une évasion et/ou assurer la sécurité en prison.
Comment les écoutes téléphoniques administratives sont-elles mises en place ?
Pour qu’une écoute administrative soit autorisée, le ministre de la défense, de l’intérieur, de la justice, de l’économie, du budget ou des douanes doit adresser une proposition de mise sur écoute téléphonique au Premier ministre.
Cette proposition doit être écrite et justifiée.
Le Premier ministre autorise la mise sur écoute après avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR).
Une fois l’autorisation rendue, les services habilités communiquent aux opérateurs téléphoniques, les coordonnées de la personne à mettre sur écoute et la décision du Premier ministre. Puis, ces opérateurs mettent en place un dispositif d’interception des communications téléphoniques.
L'autorisation est valable au maximum 4 mois, renouvelable pour la même durée et selon la même procédure.
Dans quel délai les enregistrements des écoutes administratives sont-ils détruits ?
L'enregistrement d'une conversation téléphonique est détruit au plus tard 30 jours à partir du recueil des renseignements, sauf exceptions.
Seuls les renseignements en lien avec le motif de l’écoute sont transcrits.
La transcription doit être détruite dès que sa conservation n'est plus indispensable.
Quels recours envisager face à des soupçons d'écoutes téléphoniques irrégulières ?
La personne qui pense avoir été mise sur écoute de manière illégale peut faire une réclamation à la CNCTR.
La réclamation est faite par écrit. Elle doit être accompagnée de la copie d’une pièce d’identité et d’un justificatif des coordonnées de la ligne soi-disant écoutée (exemple : une facture de téléphone).
Elle doit être transmise à la CNCTR par lettre recommandée avec accusé de réception.
Attention
La réclamation vaut uniquement pour la personne qui la transmet à la CNCTR. Si ses proches veulent également savoir s’ils ont été écoutés irrégulièrement, ils doivent, eux aussi, saisir la CNCTR.
Une fois la demande reçue, la CNCTR vérifie qu’aucune écoute administrative n’a été mise en place illégalement.
Par ailleurs, elle informe la personne qui a fait la demande que toutes les vérifications ont été demandées. Toutefois, elle ne lui précise pas si elle a été placée sur écoute ou non.
Si elle constate une irrégularité, elle ordonne l’interruption des écoutes et la destruction des enregistrements. En cas de refus du service habilité, elle saisit le Premier ministre et, si nécessaire, fait un recours devant le Conseil d’État.
A savoir
Après avoir consulté la CNCTR, la personne qui pense être mise sur écoute peut également saisir le Conseil d’État. Elle dispose d’un délai de 2 mois à compter de la réponse de la CNCTR.
Référence :
Écoutes judiciaires pour recherche des causes de la mort ou des causes d'une disparitionCode de procédure pénale : articles 79 à 84-1
Référence :
Écoutes judiciaires pour recherche d’une personne en fuiteCode de procédure pénale : article 74-2
Référence :
Écoutes judiciaires dans le cadre d’une instructionCode de procédure pénale : articles 100 à 100-8
Référence :
Écoutes judiciaires en matière de criminalité ou de délinquance organisée : autorisation et mise en œuvreCode de procédure pénale : articles 706-95 à 706-95-3
Référence :
Infractions relevant de la criminalité ou de la délinquance organisée (articles 706-73 et 706-73-1)Code de procédure pénale : articles 706-73 à 706-74
Référence :
Écoutes administratives : situations concernées (article L811-3)Code de la sécurité intérieure : articles L811-1 à L811-4
Référence :
Écoutes administratives : autorisation et mise en œuvreCode de la sécurité intérieure : articles L821-1 à L822-8
Référence :
Écoutes administratives : Durée de conservation et transcriptions (articles L822-2 et L822-3)Code de la sécurité intérieure : articles L822-1 à L822-4
Référence :
Écoutes administratives : composition et fonctionnement de la CNCTRCode de la sécurité intérieure : articles L831-1 à L831-2
Référence :
Écoutes administratives : réclamation auprès de la CNCTR (article L833-4)Code de la sécurité intérieure : articles L833-1 à L833-11
Référence :
Interceptions de sécuritéCode de la sécurité intérieure : articles L852-1 à L852-2
Référence :
Écoutes administratives : saisine du Conseil d'ÉtatCode de justice administrative : articles L773-1 à L773-8
Définition : Infraction
Acte interdit par la loi et puni d'une sanction pénale. Il existe 3 types d'infractions classés en fonction de leur gravité : les contraventions, les délits et les crimes
Définition : Criminalité organisée
Activité d’une organisation structurée et criminelle, dont les membres agissent ensemble dans le but de commettre des infractions graves (trafic de drogues, proxénétisme, meurtre en bande organisée, blanchiment d’argent, etc.), notamment dans le but d’obtenir un avantage financier
Définition : Information judiciaire
Enquête judiciaire menée dans une affaire pénale et dirigée par un juge d'instruction
Définition : Enquête préliminaire
Enquête mise en œuvre par la police judiciaire, à son initiative ou à la demande du procureur de la République, avant l'ouverture d'une éventuelle instruction.
Définition : Enquête de flagrance
Enquête ouverte par l'officier de police judiciaire qui constate qu'une infraction a été commise ou est en train de se commettre.
Définition : Procureur de la République
Magistrat à la tête du parquet (ou ministère public). Il est destinataire des plaintes et signalements. Il dirige les enquêtes, décide des poursuites et veille à l'application de la loi.
Définition : Complice
Personne qui aide l'auteur des faits à accomplir l'infraction
Définition : Bâtonnier
Avocat élu par ses confrères dans chaque barreau pour les représenter et garantir la déontologie et la discipline de la profession. Il désigne les avocats commis d'office, règle les différends entre eux ou avec leurs clients.
Définition : Crime
Infraction la plus grave punissable par une peine de prison (viol, violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, meurtre, assassinat par exemple)
Définition : Délit
Acte interdit par la loi et puni d'une amende et/ou d'une peine d'emprisonnement inférieure à 10 ans
Définition : Juge d'instruction
Un juge d'instruction est un magistrat désigné dans le cas d'affaires pénales complexes. Il est chargé de l'instruction des affaires et peut déléguer la réalisation de certains actes (perquisitions, auditions, etc.) à un officier de police judiciaire ou à un autre juge (on parle de « commission rogatoire »).
Définition : Procureur général
Magistrat à la tête du parquet (ou ministère public) d'une cour d'appel ou de la Cour de la Cassation
Définition : Officier de police judiciaire (OPJ)
Fonctionnaire de police ou militaire de la gendarmerie habilité à mettre en œuvre des moyens d’enquête (placement en garde à vue) sous la direction du procureur de la République, la surveillance du procureur général et le contrôle de la chambre de l’instruction
Définition : Chambre de l'instruction
Juridiction relevant de la cour d'appel dont le rôle est de garantir la bonne marche de la justice pénale
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